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Les Ateliers de Rennes - biennale d'art contemporain

dimanche 2 décembre 2018

© Titouan Massé

La Halle de la Courrouze

14h-18h

Gratuit

Organisé par Les Ateliers de Rennes - biennale d'art contemporain

#Exposition#Art et spectacle de rue#Contemporain

À travers les aspérités d’un titre intraduisible qui s’entend différemment qu’il ne s’écrit, À Cris Ouverts (« à crise ou-vert/vers ») souhaite se placer au-delà d’une vision dominante -orthodoxe- de l’économie et évoquer ce qui réside en dehors des logiques de régulation. Les artistes réunis improvisent et agissent dans les intersections et fissures des systèmes. Ils façonnent des valeurs nécessairement transitoires, dessinent des mondes qui se réalisent en relations, où les actions peuvent être à la fois calmes, imprévisibles, désordonnées ou discrètes.

Le dimanche 2 décembre 2018, dernier jour d'exposition, les cinq affiches (120 x 176 cm) créées par Jean-Marc Ballée seront en vente à la Halle de la Courrouze, en exclusivité!


Les Ateliers de Rennes – biennale d’art contemporain ont été initiés il y a dix ans avec l’envie de penser les liens entre l’art et l’économie au travers de pratiques artistiques. Les éditions précédentes ont contribué non seulement à formuler les problématiques naissant de cette intersection, mais aussi à en élargir les contours. Nous permettant ainsi, dès le départ, de regarder au-delà de la vision dominante – orthodoxe – de l’économie, qui informe et déforme encore très largement aujourd’hui la manière dont notre civilisation envisage le monde.
 
Après tout, le mot « économie » partage son préfixe avec « écologie ». Il provient du grec « oikos » qui signifie le management, la maintenance et la durabilité d’une unité familiale étendue qui englobait à l’époque la maison, la famille, les terres, les animaux, et d’une manière générale, toutes les possessions y compris les esclaves. Ainsi, ce préfixe nous invite tout autant à considérer nos espaces d’habitation (la chaleur et le bonheur de la maison) que les structures sociales qui ordonnent et différencient les hiérarchies de pouvoir, de race, de classe et de genre. Les enfants, le travail, la nourriture, le sol et la distribution de l’énergie sont autant d’éléments composant ce même système, construit et opérationnel. « Eco » nous conduit donc à penser nos modes de vie et la façon dont la gestion de nos ressources impacte notre reproduction et notre survie. Plus que tout, il s’agit de considérer les logiques de production de valeur, sa représentation, matérialité, et construction idéologique – sans oublier la peur provoquée par l’idée de sa perte, de sa distorsion, voire de sa croissance abstraite.

Si l’on en croit les indicateurs économiques, l’année passée aurait été la plus prospère de l’histoire récente. Pour autant, la destruction de notre environnement immédiat continue d’alimenter un sentiment d’anxiété déjà palpable, donnant lieu à une cacophonie de réactions contradictoires. De nouvelles routines et conventions sont évoquées, nous demandant de mettre à jour (au risque de reproduire) les répressions de notre système. Ces changements sont prescrits face au caractère impitoyable de la finance, des inégalités, des conflits et des crises qui semblent générer régulièrement des vagues de déni. Malgré cela, une multiplicité de présences ouvre et active de nouvelles voies, par dissonances, contestations et ruptures de sens produites par l’étreinte de l’inconnu.
 
Nous voilà donc, à penser des transitions fondamentalement ancrées dans notre anxiété, et leur ouverture possible par l’articulation poétique d’un titre indiscipliné et intraduisible qui s’entend différemment qu’il ne s’écrit (« à cris ouverts », « à crise ou-vert / vers »). Ce titre nous rappelle que les glissements de sens et de sons qui surgissent dans le langage peuvent refléter le monde à venir.

À cette fin, la biennale réunit des œuvres et des artistes qui façonnent d’autres manières d’habiter le monde, d’imaginer l’être-collectif et qui se positionnent au-delà d’une vision du monde marquée par une « domestication généralisée ». Il·elle·s délaissent la vision dominante selon laquelle la subordination et le contrôle d’autres subjectivités humaines, non-humaines ou post-humaines s’est imposée comme le seul modèle d’extraction et de maintenance de la valeur, et donc, d’habitation du monde social et naturel. Ces artistes improvisent l’alternative au cœur de l’enchevêtrement des choses, agissent dans les intersections, façonnent des valeurs nécessairement transitoires et pratiquent la non-conformité. À bien des égards, il·elle·s interrogent la possibilité de vivre à travers des trajectoires transformatives et fugitives.

Il y a à peine dix ans, avant la Grande Récession, nous aurions esquissé un sourire ironique devant une publicité avec pour slogan implicite : « la valeur c’est toi ». Aujourd’hui, cette production de valeur, dans le travail des artistes invité·e·s, émerge à travers des tentatives d’alternatives et de déplacements ouvrant des espaces et des moments de résistance. Reposant sur des frontières mouvantes, et sans se limiter à des imaginaires de survie, ces espaces de résistances permettent des actions vivantes, imprévisibles, désordonnées et activent des mondes en relation. Par leurs tentatives, les artistes perturbent les logiques d’invisibilité qui organisent notre expérience sociale et matérielle du rebut, du non-recyclable et de l’ingouvernable.

Ces espaces ou ces temps de résistance suggèrent d’autres modalités d’existence générant des esthétiques singulières et des imaginaires attentionnés. Depuis leurs existences damnées, ces formulations nous interpellent de façon imprévue et célébratoire, tout en sillonnant l’impermanence de ce qui se prétend bien arrêté. Le mot anglais « wildness » [sauvage, fureur, aspect non domestiqué] a été récemment proposé comme un outil critique visant à les désigner. Et bien que ce soit justement dans le refus de la définition que ces modes d’existence performent leurs identités, il s’agit bien (une fois l’étymologie décolonisée) d’évoquer « tout ce qui réside au-delà des logiques actuelles de régulation » .

Si ces modes alternatifs d’existence peuvent apparaître dans l’excès, l’opacité et le désordre, ils se manifestent également dans les actions quotidiennes de refus et d’attention qui viennent troubler doucement et silencieusement les mécanismes de l’hégémonie. Ils émergent dans les aspérités entre langage et expérience, différence et ressemblance, à travers la performance de présences non-normatives, dans la vibration des sons et des nouvelles matérialités, des zones où nous pouvons être touché·e·s, là où les regards se déforment et les mouvements s’infirment. Cet ailleurs non-réglementé se dérobe à nos grammaires, aux temporalités linéaires, nous jetant soudain un regard « donnant la sensation d’un monde plus vaste ». À l’écart des cadres et des discours produits à l’école des appropriations capitalistes, s’incarne « un mouvement, entre différents modes d’existence et d’appartenance, et vers d’autres économies du don,
du prélèvement, de l’être avec et pour (…) ».

Céline Kopp & Étienne Bernard


Adresse
La Halle de la Courrouze
rue Lucie et Raymond Aubrac 35136 Saint-Jacques-de-la-Lande

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